RICARD BURTON: Ma première question est de savoir comment vous avez pu
réunir trois millions d'euros, pour payer votre caution, en si peu de temps ?
ROMAN POLANSKI: J'ai fait quelques films qui ont rapporté des petites fortunes.
RICARD BURTON: Vous pensez évidemment à « Pirates » ou « Frantic », « La Neuvième Porte » ?
ROMAN POLANSKI: Vous êtes moqueur Burton. J'ai eu une carrière américaine exceptionnelle. Ca vous dit quelque chose la Paramount, la MGM ? Rosemary's ? Le Bal des Vampires ?
RICARD BURTON: Il se dit que vous étiez devenu très gênant pour le Nouvel Hollywood en réalisant « Chinatown » et que ce sont les pontes en place qui vous en auraient évincé.
ROMAN POLANSKI: A l'époque, Hollywood se reformatait et devait retrouver ses repaires. Après les avoir perdus dans les années 50 et 60 en allant tourner en Europe et en faisant venir des cinéastes européens, l'industrie américaine est devenue très protectrice. Elle a fait éclore ses propres talents: Spielberg, Coppola, Scorsese. Vous remarquerez comme moi que tous ces noms ne sonnent pas non plus franchement américains. Mais voilà, après de loyaux services rendus, ils m'ont balancé comme un préservatif souillé.
RICARD BURTON: Certains sont restés comme Milos Forman...
ROMAN POLANSKI: Jamais entendu parler. Un réalisateur de publicités certainement. Mais comme vous l'avez suggéré, il n'est pas idiot de parler de complot me concernant.
RICARD BURTON: Donc les accusations à votre encontre formulées par votre jeune victime sont totalement fausses ? Vous y êtes accusé de sodomie sur une mineure de treize ans, de l'avoir droguée.
ROMAN POLANKI: Parce que vous croyez aussi que je lui ai fait boire du champagne avec l'aide d'un entonnoir, comme une oie ? Ecoutez, Burton, je vous renvoie à l'excellente interview donnée par mon ami Alain Finkielkraut dans laquelle il dit très justement que mon rencard de ce soir là était consentent. A treize ans, on est majeur, surtout les américaines. Des vraies petites putains à la maturité affirmée. Lorsqu'elle a compris le lendemain qu'elle n'était qu'un coup d'un soir, c'est là qu'elle s'est vengée. Elle n'était attirée que par ma fortune et ma gloire. Parce que question quéquette, je n'ai pas votre aisance. De toutes les façons Burton, si vous connaissiez la sodomie comme moi, sur le bout des doigts, vous ne m'emmerderiez pas pour si peu.
RICARD BURTON: J'ai bien trop de respect pour l'entrée des artistes. Qu'allez-vous faire de votre liberté ?
ROMAN POLANSKI: Elle n'est qu'illusoire. Je suis forcé de vivre dans mon chalet de Gstaad avec un bracelet électronique. Tout ce que je ferai, dirai, sera filtré, étudié.
RICARD BURTON: Peut-être préférez-vous réintégrer les geôles suisses si c'est si terrible d'être obligé de vivre dans votre demeure de 1800 m² !
ROMAN POLANSKI: Votre aigreur vous rapetisse Burton. Tout d'un coup je vous trouve déjà plus lutin, moins superbe. En vérité c'est d'être cloitré avec ma femme toute la journée qui m'angoisse.
RICARD BURTON: Elle suit toujours des cours de comédie ? C'est une personne très humble, c'est rare.
ROMAN POLANSKI: C'est surtout une femme dyslexique. Elle ne sait pas faire grand chose à part se regarder dans la glace et prendre des poses idiotes. Parfois elle me fait oublier mon âge. Parfois aussi je perds patience. Mais je suis gentleman, je lui offre toujours un passage chez le chirurgien plastique après une de mes colères.
RICARD BURTON: La France vous a défendu becs et ongles lors de votre arrestation dite abusive par la majorité de nos concitoyens. Pourtant, on sent que vous aimez notre pays que par dépit, parce que vous avez été chassé des Etats-Unis en pleine gloire, il y a trente ans.
ROMAN POLANSKI: Evidemment, Los Angeles et New York, c'est un brin plus excitant que Paris et son Moulin Rouge, Montmartre, une ville qui commence à ressembler aux représentations qu'en font les parcs d'amusement, type Disney. Mais mieux ça que la Pologne, ou le Cameroun. Et puis vous savez, après mon histoire avec cette jeune fille, j'en ai eu une autre avec Nastassja Kinski. Elle avait quatorze ans à l'époque. Ensuite, Tess n'était qu'un prétexte pour l'avoir sous la main tous les jours. Un caprice de super-réalisateur qui démontrait aux autres qu'il pouvait disposer des budgets et des acteurs qu'il désirait. Il n'y a pas à savoir si j'aime ou si je déteste la France, je la méprise, c'est différent. A coups sûrs vous ne savez pas ce que c'est vous le mépris, vous êtes soupe au lait vous, non ?
RICARD BURTON: Votre dernier bon film remonte à une trentaine d'années, une quarantaine diront d'autres et pourtant, vous jouissez d'un statut artistique quasi-intact. N'est-ce pas là la preuve d'une immunité globale injustifiée vous concernant ?
ROMAN POLANKI: Tout le monde ne peut pas être à son meilleur toute son existence Burton, comme c'est votre cas.
RICARD BURTON: Je vais mettre votre moquerie sur le compte de votre fatigue carcérale.
ROMAN POLANSKI: Burton, j'ai gagné des prix dans tous les festivals dans les années 60 avec des films qui proposaient une nouvelle approche cinématographique. A l'époque les sélectionneurs, les jurys, même les spectateurs avaient envie de nouveauté. L'époque était propice à la proposition, à l'expérimentation. Aujourd'hui je rafle des prix avec « Le Pianiste ». C'est bien, mais c'est un film confortable, à regarder comme on regarde n'importe lequel des John Badham sur un écran plasma déréglé, la main dans la culotte de madame. J'ai dit ce que j'avais à dire avec ma jeunesse, à une époque où tout était ébullition. Maintenant il y a trop de monde sur le marché à faire constamment du copier/coller. Tout le monde s'habille pareil, tout le monde consomme pareil, tout le monde écoute et voit pareil, tout le monde veut être à l'image de son voisin par peur d'être différent. Plus on se ressemble et plus on est contrôlables, identifiables. Plus la peine alors que l'industrie cinématographique se casse le cul à prendre des risques lorsqu'elle sait ce qu'il faut produire pour engranger.
RICARD BURTON: Il y a internet tout de même aujourd'hui qui permet un certain décalage.
ROMAN POLANSKI: Vous plaisantez j'espère Burton ? Internet n'est qu'un puits de conformités. Tout ce qui est transgressif est directement supprimé, les gens sont poursuivis en justice pour trois fois rien. Si les plus rebelles aujourd'hui sont les idiots de la génération de MTV, vous êtes mal barrés et cela vous promet de belles années.
RICARD BURTON: Il nous reste de bons réalisateurs pourtant.
ROMAN POLANKI: Désolé, je ne vois pas. Si vous me dites Fincher, je vous donne un coup de béquille dans la gueule. Cette espèce de raté va faire un film sur Facebook.
RICARD BURTON: Vous êtes jaloux ?
ROMAN POLANKI: J'ai été le réalisateur le plus adulé et vous voulez que je sois jaloux d'un type qui enrobe toute sa mise en scène par une post-production hideuse à peine capable de masquer son manque évident de talent? Le pire étant Fight Club, un film pour minets n'ayant pas fait leur service militaire.
RICARD BURTON: Vous êtes agaçant tout de même à prendre tout le monde de haut, vous l'étiez encore plus à l'époque de votre autobiographie « Roman par Polanski ». Vous vous sentez donc toujours au-dessus de tout le monde, encore ?
ROMAN POLANSKI: Jamais je ne me suis senti au-dessus de quoi que ce soit. Je suis un survivant, là est mon seul fait. C'est vous qui m'avez mis là où je suis en me donnant des prix partout où j'allais, en me servant la soupe, en me disant que j'étais le meilleur. C'est vous les radasses, les paillassons. Il n'y a plus de presse non plus, tout juste du niveau du fanzine. Je vous plains Burton.
RICARD BURTON: Oui mais je n'ai pas de bracelet électronique.
ROMAN POLANSKI: Et moi je ne vis pas dans une studette.
RICARD BURTON: Je ne suis pas en fin de vie.
ROMAN POLANSKI: Que vous croyez.
RICARD BURTON: Je ne fais pas de films médiocres.
ROMAN POLANSKI: C'est vrai, vous ne faites rien du tout.
RICARD BURTON: Cela vous a fait quoi d'avoir eu Laurent Gerra en beau-frère fut un temps ?
ROMAN POLANSKI: Ce n'est pas très glamour, je vous le concède. Il est rétrograde, quelque peu raciste mais c'est un bon français. Il aime son pays et son terroir et il a eu le mérite de me virer des pattes ma belle-sœur. Il savait lui tomber sur le coin de la gueule et la faire taire. Tout à fait entre nous Burton, si j'apprenais qu'il s'était fait tué par une meute de jeunes du ghetto, je n'irais pas à ses obsèques.
RICARD BURTON: Il se dit que Nicolas Sarkozy a activement participé à votre libération.
ROMAN POLANSKI: On dit aussi que lorsque Catherine Deneuve va dans des clubs échangistes( le Roi René), elle n'est que spectatrice. Je sais qui s'est permis de dire cela et je peux vous certifier que cette personne dort dans le ciment à l'heure qu'il est.
RICARD BURTON: Ah, je crois que votre bracelet bippe.
ROMAN POLANSKI: Tout à fait. Il est temps que je me retire. Alors, la sodomie ?
* Interview réalisée avec Roman Polanskaï( 100% anti peasu de fesse)
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